29 septembre 2007
Ce que représente le 10 mars 1959
Ce que représente le 10 mars 1959
C'est au cours des années 1949/50 que les troupes de l'armée chinoise envahirent le territoire tibétain. Le Tibet lança un appel à la communauté internationale qui resta sans réponse. Seule face à la Chine, une petite délégation tibétaine fut contrainte de signer, en 1951, à Pékin, l'infâme " Accord en 17 Points " dans lequel le Tibet faisait abandon de sa souveraineté. Un accord inique, qui sera dénoncé plus tard par le XIVème Dalaï-Lama. Il s'ensuivit, pour le Tibet bouddhiste et la Chine communiste, une période de neuf années de coexistence difficile.
Les Tibétains du nord-est et de l'est du Tibet, qui assistèrent les premiers à l'intrusion de l'Armée populaire de libération, fuirent devant la répression chinoise croissante et durent gagner les zones rurales. C'est là qu'une résistance armée s'organisa, laquelle se propagea bientôt dans tout le Tibet. Tristement célèbres dans la mémoire des Tibétains, les provinces de l'Amdo et du Kham furent la scène d'un cycle résistance-répression qui contraignit des milliers de Tibétains à fuir vers le Tibet central et vers Lhassa, relativement plus sûrs. Mais le ressentiment de ces populations, engendré par l'arrogance avec laquelle la Chine traitait le gouvernement tibétain, s'abreuvait encore des récits de destruction des monastères et de massacre de lamas et de moines que rapportaient les réfugiés venus du Tibet oriental. Bientôt, le mécontentement qui couvait se traduisit par une défiance ouverte à l'égard de la Chine.Le 10 mars 1959, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes descendent dans les rues de Lhassa pour réclamer l'indépendance du Tibet. Ce mouvement de protestation, porté par une population déjà exaspérée, fut réprimé dans un bain de sang. Selon une estimation chinoise, près de 87 000 Tibétains furent massacrés dans le seul Tibet central. Il fallut un peu plus de trois jours à l'Armée Populaire de Libération pour venir à bout du soulèvement, mais elle ne réussit pas à étouffer le mouvement de résistance qui se répandait dans tout le Tibet.
Le soulèvement du 10 mars et sa répression inconditionnelle eurent pour conséquence la fuite vers l'Inde du Dalaï-Lama, des membres de son gouvernement et d'environ 80 000 tibétains. Le gouvernement tibétain en exil, depuis son siège de Dharamsala, petite ville située au nord de l'Inde dans les contreforts de l'Himalaya, a développé, sous la conduite du Dalaï-Lama, une résistance non violente à l'occupation chinoise, résistance qui a donné naissance à un Mouvement pour la liberté du peuple tibétain étendu aujourd'hui à l'échelle mondiale.
Aussi chaque année, où qu'ils soient, les Tibétains commémorent le 10 mars, pour qu'eux-mêmes se souviennent et pour rappeler au monde que les Tibétains qui sont morts pour la cause de la liberté ne sont pas morts en vain, que leur mort est un sacrifice juste et noble, consenti pour que puisse renaître un Tibet libre.

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10 mars 2007
Aux façades des Hôtels de Ville

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Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
Le 10 mars 2007
Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
A l'occasion du 48ème anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain à Lhassa, en 1959, je rends hommage à tous les Tibétains qui ont souffert et qui ont sacrifié leur vie pour la cause tibétaine. Je leur offre mes prières. J'exprime aussi ma solidarité à celles et ceux qui souffrent toujours de la répression et sont actuellement emprisonnés.
En 2006, nous avons constaté à la fois des changements positifs et négatifs en République Populaire de Chine. D'un côté, la ligne dure s'est intensifiée, avec notamment une campagne de dénigrement contre nous et, de manière encore plus inquiétante, le renforcement des mesures de contrôle politique et de répression au Tibet. De l’autre, en Chine même, la liberté d'expression s'est visiblement élargie. En particulier, l'idée s’est développée parmi les intellectuels chinois qu'il était nécessaire d'inventer une société plus pleine de sens, fondée sur des valeurs spirituelles. L'opinion selon laquelle le système en place est inadapté pour créer une telle société, gagne du terrain. De là, le développement de la foi religieuse en général et de l'intérêt pour le bouddhisme et la culture du Tibet en particulier. De surcroît, beaucoup expriment le vœu que je puisse accomplir un pèlerinage en Chine et y donner des enseignements.
L'appel répété du Président Hu Jintao à une société harmonieuse est louable. La réalisation d'une telle société suppose au sein du peuple le développement de la confiance, ce qui ne peut se réaliser que lorsque règnent la liberté d'expression, la vérité, la justice et l'égalité. Il est ainsi essentiel que les responsables, à tous les niveaux, non seulement approuvent ces principes, mais les mettent en pratique.
En ce qui concerne nos relations avec la Chine, dès 1974 nous avons réalisé que l’occasion d'ouvrir le dialogue avec la Chine se présenterait inévitablement, un jour ou l'autre. Nous nous sommes préparés dans le but d’obtenir une véritable autonomie, en laquelle tous les Tibétains seraient unifiés, tel que le prévoit solennellement la constitution chinoise. En 1979, Deng Xiaoping a proposé qu'à l'exception de l'indépendance, les autres problèmes concernant le Tibet, puissent être tous résolus par la négociation. Comme cela s'accordait à notre propre conception, nous avons opté pour la politique de la Voie Médiane, dans l’optique d'un bénéfice mutuel. Depuis, et durant les vingt-huit années qui ont suivi, nous avons poursuivi cette politique avec constance et sincérité. C’est après des discussions approfondies et des analyses sérieuses, qu’elle a été formulée, avec pour objectif de servir les intérêts immédiats et à long terme des Tibétains, comme des Chinois. Elle sert également la coexistence pacifique en Asie et la protection de l'environnement. Cette politique a été approuvée et soutenue avec réalisme par de nombreux Tibétains, à l'intérieur comme à l'extérieur du Tibet, ainsi que par de nombreux pays.
La principale raison ayant motivé la proposition que j’ai faite d'une véritable autonomie régionale des nationalités pour tous les Tibétains est d'assurer une égalité véritable et de faire naître un sentiment d'unité entre Tibétains et Chinois, en éliminant le grand chauvinisme des Hans aussi bien que le nationalisme local. Cela devrait contribuer à la stabilité du pays, grâce à l'entraide, la confiance et l'amitié entre nos deux nationalités. Cela participera également au maintien de notre richesse culturelle et de notre langue, dans un juste équilibre entre développements matériel et spirituel, au bénéfice de l'humanité tout entière.
Il est exact que la constitution chinoise garantit aux nationalités minoritaires une autonomie régionale des nationalités. Le problème est que ce principe n'est pas pleinement mis en pratique. Ceci explique que son but, pourtant explicite, ne soit pas réalisé : protéger l'identité, la culture et la langue des nationalités minoritaires. Ce qui se passe sur le terrain, c'est que des populations entières appartenant aux nationalités majoritaires se sont installées dans des régions appartenant aux minorités. En conséquence, les nationalités minoritaires, au lieu de pouvoir préserver leur propre identité, leur culture et leur langue, n'ont pas eu d'autres choix que d'adopter la langue et les coutumes de la nationalité majoritaire, et cela dans leur vie quotidienne. De là vient le danger d'une extinction progressive des langues et des riches traditions des nationalités minoritaires.
Il n'y a rien de mauvais en soi à vouloir développer des infrastructures, comme par exemple le chemin de fer. Néanmoins celui-ci est la source de bien des problèmes car depuis que la voie ferrée est devenue opérationnelle, le Tibet a connu une nouvelle augmentation du transfert de population chinoise, l'accélération de la détérioration de son environnement, l’augmentation de la pollution, du mauvais usage de l’eau et de l'exploitation des ressources naturelles, toutes causes de la dévastation du pays et de la ruine de ceux qui y vivent.
Bien qu'il y ait eu un certain nombre de membres du Parti communiste instruits et compétents, issus des nationalités minoritaires, il est regrettable que très peu d'entre eux aient obtenu des postes de direction au niveau national. Certains d'entre eux se sont même vus traités de séparatistes. Si l'on veut obtenir des bénéfices tangibles aussi bien pour les nationalités majoritaires que celles qui sont minoritaires, ainsi d'ailleurs que pour le gouvernement central et pour les gouvernements régionaux, il faut mettre en place une autonomie significative. Dans la mesure où cette autonomie concerne en particulier les nationalités minoritaires, la revendication de voir tous les Tibétains placés sous une seule et même administration est sincère, juste et transparente. Il est clair, aux yeux du monde, que nous n'avons pas d'objectifs cachés. C'est donc un devoir sacré pour tous les Tibétains de continuer la lutte jusqu'à la réalisation de cette exigence raisonnable. Peu importe combien de temps cela prendra, notre ardeur et notre détermination demeureront inchangées jusqu'à l'accomplissement de nos aspirations. La lutte du peuple tibétain n'est pas un combat pour le statut particulier de quelques individus, c'est la lutte de tout un peuple. D'ores et déjà, nous avons transformé l'administration et la communauté tibétaine en exil en une structure authentiquement démocratique et qui a vu se succéder des dirigeants élus par le peuple lui-même. Ainsi avons-nous mis en place une institution profondément enracinée, ardemment sociale et politique, qui poursuivra notre lutte de générations en générations. Finalement les décisions déterminantes seront prises démocratiquement par le peuple lui-même.
Depuis la reprise de contacts directs entre les Tibétains et Chinois en 2002, mes représentants ont mené cinq sessions de discussions larges et approfondies avec les représentants de la République Populaire de Chine en charge du dossier. Au cours de ces discussions, les deux parties ont pu exposer en termes clairs leur méfiance, leur doute, et les vraies difficultés qui persistent de chaque côté. Ces sessions de discussions nous ont néanmoins aidé à créer un courant de communication entre les deux parties. La délégation tibétaine se tient prête à poursuivre le dialogue à tout moment, en tout lieu. Le Kashag (Cabinet) donnera des détails dans son propre discours.
Je félicite toutes les Tibétaines, tous les Tibétains qui, au Tibet, membres du Parti communiste, dirigeants, responsables, professionnels et autres, ont maintenu l'esprit tibétain en poursuivant consciencieusement leurs efforts dans l'intérêt du peuple tibétain.
J'exprime mon admiration profonde pour les Tibétaines et les Tibétains au Tibet qui, en dépit de toutes les épreuves, ont œuvré pour préserver l'identité tibétaine, la culture et la langue. J'admire leur détermination et leur courage inébranlables dans la réalisation des aspirations du peuple tibétain. J'ai la certitude qu'ils continueront à lutter pour notre cause commune avec dévouement et détermination. Je demande à tous les Tibétains à l'intérieur et à l'extérieur du Tibet de travailler dans l'unité pour un avenir sûr fondé sur l'égalité et l'harmonie entre les nationalités.
Je voudrais saisir cette occasion pour remercier du fond du cœur le peuple et le gouvernement de l'Inde pour sa générosité et son soutien inébranlables et incomparables.
J'exprime toute ma gratitude aux gouvernements et aux peuples de la communauté internationale pour leur intérêt et le soutien qu'ils apportent à la cause tibétaine.
Avec mes prières pour la paix et le bien être de tous les êtres.
Le 10 mars 2007
Source : Wangpo Bashi, Secrétaire du Bureau du Tibet à Paris
www.tibet-info.net
Traduit de l'anglais par le Bureau du Tibet, 84 bd Adolphe Pinard, 75014 Paris
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10 mars 2006
Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
Le 10 mars 2006
Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
Aujourd'hui, alors que nous commémorons le 47ème anniversaire du soulèvement national tibétain, j'adresse mes vœux chaleureux à mes compatriotes au Tibet et en exil, ainsi qu'à nos amis du monde entier. Je rends hommage aux femmes et aux hommes courageux qui, au Tibet, ont sacrifié leur vie et qui continuent à souffrir pour la cause du peuple tibétain.
Depuis 1949, le Tibet a été témoin d'événements sans précédent, qui ont marqué le début d'une nouvelle ère de son histoire. Comme il est inscrit dans les textes, la question du Tibet a été, en principe, réglée en 1951 par un accord entre le gouvernement central et le gouvernement local, qui tenait compte du statut spécial du Tibet ainsi que de la situation sur le terrain. Depuis, j'ai fait tout mon possible pour assurer la mise en place d'une politique qui permettrait aux Tibétains de s'auto gouverner et de jouir d'une autonomie réelle dans le cadre de la République Populaire de Chine. Cela pourrait créer des conditions favorables à une coexistence harmonieuse et à l'unité, faisant de nous des membres de la grande famille qu'est la nation chinoise.
En 1954-55, je me suis rendu à Pékin en tant que représentant du peuple tibétain et j'ai eu l'occasion de m'entretenir sur l'avenir avec le Président Mao Tsétoung et de hauts dirigeants du parti, du gouvernement et de l'armée. De ces échanges sortirent beaucoup d'espoir et de promesses. Je suis donc retourné au Tibet avec optimisme et confiance. Néanmoins, à la fin de 1955, des excès ultra-gauchistes se produisirent dans quelques régions du Tibet. Et, de fil en aiguille, en 1959, c'est le Tibet tout entier qui se trouva plongé dans une crise profonde. En conséquence, accompagné de plus d'une centaine de milliers de Tibétains, je fus contraint de partir pour un exil qui dure depuis 46 ans à ce jour.
En 1974, nous avons jeté les bases de notre approche de la Voie Médiane pour trouver une solution à la question tibétaine. Nous étions certains que le temps viendrait d'une négociation avec le gouvernement chinois.
Lorsque des contacts directs avec le gouvernement de Pékin furent établis en 1979, Deng Xiaoping déclara "qu'à l'exception de l'indépendance, tous les problèmes pourraient trouver une solution par la négociation". Depuis lors, j'ai poursuivi la politique de la Voie Médiane avec constance et en toute sincérité.
J'ai bien sûr émis des critiques lorsque des incidents intolérables se sont produits, en Chine, au Tibet et dans le monde, mais ces critiques restaient limitées aux cas particuliers auxquels elles s'adressaient. Je ne me suis jamais, à aucun moment et en aucune circonstance, départi de mon approche de la Voie Médiane. Malheureusement, Pékin semble incapable de surmonter ses doutes et ses suspicions sur mes intentions et continue à m'accuser de nourrir un projet séparatiste dissimulé et de fomenter des complots pour le réaliser.
Depuis la reprise des contacts directs avec la République Populaire de Chine en 2002, mes représentants et leurs interlocuteurs chinois ont tenu une série de réunions au cours desquelles ils ont pu avoir des discussions franches et sérieuses, permettant de nombreuses clarifications réciproques. Cela, nous l'espérons, devrait écarter les doutes et les suspicions de la République Populaire de Chine à notre égard. Une solution mutuellement acceptable pourrait ainsi voir le jour pour résoudre progressivement toutes nos divergences grâce au dialogue. Tout particulièrement, la 5ème rencontre, qui s'est tenue il y a quelques semaines, a permis aux deux parties de déterminer avec précision les principales différences de vue qui demeurent entre nous, et les raisons de ces différences. Elles ont aussi pris la mesure des conditions nécessaires à la résolution de ces différences.
Par ailleurs, mes représentants ont redit aux dirigeants de la République Populaire mon désir de me rendre en Chine pour un pèlerinage. La Chine est un pays où le bouddhisme s'est épanoui depuis très longtemps et en tant que tel, il comporte de nombreux lieux de pèlerinage. Je souhaite de surcroît constater de mes propres yeux les changements et les progrès advenus en République Populaire. Au cours des dernières décennies, la Chine a connu un développement économique et social spectaculaire, ce dont on doit se réjouir. Certaines régions du Tibet ont, de la même manière, vu se développer leurs infrastructures. J'ai toujours considéré cela comme une évolution positive. Si l'on regarde l'histoire de ces cinquante dernières années, de nombreuses campagnes fondées sur le Marxisme-Léninisme ont été lancées pendant l'ère maoïste. Puis Deng Xiaoping, prenant appui sur la réalité, a introduit un système d'économie socialiste de marché, ce qui apporta un progrès économique considérable. Plus tard, en se fondant sur sa théorie des "Trois Représentations", Jiang Zemin étendit le champ du Parti Communiste pour y inclure, aux côtés des paysans et des ouvriers, trois autres éléments désignés comme forces productives de progrès, culture d'avant-garde et intérêts fondamentaux de la majorité. Aujourd'hui, la théorie des "Trois Harmonies" du Président Hu Jintao aspire à une coexistence pacifique et à une relation harmonieuse au sein de la Chine, dans ses échanges avec ses voisins et sur la scène internationale. Toutes ces initiatives ont été prises pour tenir compte de l'évolution de l'époque. En conséquence, la transmission des pouvoirs et le développement du pays se sont poursuivis sans discontinuer. Aujourd'hui, la Chine apparaît comme l'une des principales puissances de la communauté internationale, ce qu'elle mérite au regard de sa longue histoire et de sa nombreuse population. Cependant, le problème le plus important qui demeure, est celui de la concordance entre le pouvoir politique et le développement économique. La Chine doit suivre la tendance dominante du monde moderne en accueillant une société plus ouverte, une presse libre, et des décisions politiques transparentes. Toute personne avisée sait qu'il s'agit là des bases d'une paix véritable, de l'harmonie et de la stabilité dans le pays.
Les Tibétains, l'un des groupes les plus importants parmi les cinquante-cinq minorités nationales de Chine, se distinguent des autres par la géographie, l'histoire, la langue, la culture, la religion, les coutumes et les traditions. Tout cela a été clairement reconnu par le passé, non seulement dans le monde entier, mais aussi par de nombreux hauts dirigeants chinois.
Je n'ai qu'une revendication : le droit pour tous les Tibétains, c'est-à-dire pour la nationalité tibétaine dans son intégralité, d'établir eux-mêmes leurs propres règles et de jouir d'une autonomie authentique. Cette requête est en conformité avec les dispositions de la constitution chinoise. Rien ne s'oppose donc à ce qu'elle soit satisfaite. Elle est légitime, opportune, raisonnable et répond aux aspirations du peuple tibétain à l'intérieur et à l'extérieur du Tibet. Cette requête est fondée sur l'idée que l'avenir est plus important que le passé, elle prend en compte la réalité d'aujourd'hui aussi bien que les intérêts de demain.
L'histoire ne s'interprète pas en noir et blanc. Par conséquent, il est extrêmement difficile d'y trouver une solution à nos problèmes. C'est donc sans tenir compte de l'histoire passée que j'ai, à de multiples reprises, déclaré publiquement que je concevais l'avenir du Tibet à l'intérieur du cadre constitutionnel de la République Populaire de Chine et non dans la séparation. Toute personne à l'écoute de ce discours, à moins que sa compréhension ne soit obscurcie par la suspicion, peut comprendre que ma requête d'un gouvernement authentiquement autonome n'équivaut nullement à une requête de séparation. Ce fait bien posé, convergeant avec les progrès de la liberté, de l'ouverture et de la communication en Chine, devrait créer les conditions, je l'espère, d'une résolution de la question tibétaine par la négociation. C'est pourquoi je fais tout mon possible pour poursuivre les contacts actuels et créer ainsi une atmosphère favorable.
Le Cabinet de l'Administration Centrale Tibétaine a lancé des appels répétés aux communautés tibétaines en exil et à ceux qui nous soutiennent à travers le monde pour qu'ils s'associent à la création de conditions favorables à la négociation. Aujourd'hui, j'insiste une fois encore pour que chacun d'entre-nous ne ménage aucun effort pour assurer le succès du dialogue actuel, nécessaire à la résolution du problème sino-tibétain. J'appelle tous les Tibétains à prendre bonne note de cela en prêtant attention aux appels du Kashag, et je formule la même demande à tous ceux qui nous soutiennent et qui éprouvent de la sympathie pour le peuple tibétain.
Dans ce même esprit, je voudrais dire à la République Populaire de Chine que si elle voit quelque bénéfice à poursuivre le dialogue à travers les contacts actuels, elle doit le manifester par un geste significatif. Le gouvernement chinois doit y réfléchir sérieusement. Une atmosphère positive ne peut être créée par un seul côté. Comme le dit un vieil adage tibétain, une seule main ne suffit pas pour faire entendre un applaudissement.
J'aimerais saisir cette occasion pour exprimer mes remerciements et ma gratitude à la communauté internationale pour le soutien constant qu'elle nous apporte et je veux une fois encore, au nom de tous les Tibétains, exprimer nos remerciements et notre reconnaissance sans limite au peuple et au gouvernement de l'Inde pour leur générosité et leur soutien fermes et incomparables.
Me préoccupant de la situation et des sentiments de tous les Tibétains à l'intérieur du Tibet, je leur offre à tous mes prières. Je prie également pour le bonheur de tous les êtres.
Le Dalaï-Lama,
Le 10 mars 2006
Traduit de l'anglais par le Bureau du Tibet, Paris.

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10 mars 2005
10 Mars 2005 : Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
A l’occasion du 46è anniversaire du soulèvement du peuple tibétain, j’adresse mes vœux les plus chaleureux à mes compatriotes tibétains, à ceux qui vivent en exil et à ceux qui sont au Tibet. Je salue également très chaleureusement tous nos amis de par le monde.
Durant ces quatre dernières décennies, de grands changements se sont produits au Tibet. Des progrès économiques ont été constatés, notamment en matière de développement des infrastructures. Le train Golmud-Lhassa actuellement en construction en est un exemple parmi d’autres. Par ailleurs, durant la même période, beaucoup de journalistes et de voyageurs indépendants qui se sont rendus au Tibet ont écrit sur ce qui s’y passait réellement, et non pas sur ce qu’on choisissait de leur montrer. La plupart décrivent une situation très différente de celle dont fait état le gouvernement chinois, et se montrent très critiques envers la Chine pour son non-respect des droits de l’Homme, de la liberté religieuse et de l’autonomie du Tibet. En vérité, ce qui est arrivé et continue de se produire, c’est que depuis la création de la Région automne du Tibet, le pouvoir n’est exercé de fait que par les seules autorités chinoises. Le peuple tibétain a été et est toujours en butte à la présomption de culpabilité et à une répression croissante. Le manque d’égalité et d’une véritable harmonie ethnique fondée sur la confiance, ainsi que l’absence d’authentique stabilité au Tibet montrent clairement que les choses ne vont pas bien et qu’il y a un problème de fond.
De temps en temps au Tibet, d’importants dirigeants tibétains, hommes respectés de tous, s’expriment franchement sur ce sujet, allant jusqu’à payer chèrement leurs actions courageuses. Au début des années 1960, feu le Panchen Lama, dans une pétition adressée aux autorités chinoises, a fait connaître les souffrances et les attentes du peuple tibétain. De même, dans la biographie qu’il a publiée récemment en anglais, Bapa Phuntsok Wangyal, l’un des principaux dirigeants communistes tibétains, insiste particulièrement sur la nécessité de mieux faire connaître les intérêts du peuple tibétain. De fait, il est manifeste qu’au Tibet la plupart des hauts responsables tibétains sont, au plus profond d’eux-mêmes, extrêmement mécontents.
Cette année, le gouvernement chinois célébrera le 40è anniversaire de la création de la Région autonome du Tibet. Beaucoup de festivités et de manifestations commémoratives auront lieu pour célébrer l’événement, mais elles n’auront guère de sens car elles ne reflèteront pas les réalités profondes. On veut rappeler, par exemple, que le Grand bond en avant et la Révolution culturelle ont été fêtés en grande pompe et comme de réels exploits, au moment où ils ont eu lieu.
La Chine a réalisé de formidables progrès économiques depuis plus de deux décennies. La Chine d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était il y a vingt ou trente ans. Beaucoup de choses ont changé avec pour résultat que ce pays est devenu aujourd’hui un acteur majeur sur la scène internationale, position méritée, sans aucun doute, car il s'agit d'une grande nation, dotée d’une population considérable et d’une civilisation riche et ancienne. Cependant son image est ternie du fait de ses violations des droits de l’Homme, de ses actions antidémocratiques, de ses manquements à l'état de droit et de l’inégalité dans l’application des droits à l’autonomie chez les minorités, y compris les Tibétains. Pour le monde extérieur, c’est une raison de plus pour se montrer vigilant et attentif à son égard. Au plan international, ces défaillances sont un obstacle à l’unité et à la stabilité de la nation, ce qui est de la plus extrême importance pour les dirigeants de la République populaire de Chine. Selon moi, il est important que la Chine, en même temps qu’elle devient une nation puissante et respectable, soit capable d’adopter une politique raisonnable, fondée sur la confiance réciproque.
Le monde dans sa globalité, et la Chine qui en fait partie, sont en train de changer pour un avenir meilleur. Ainsi, on a pu constater récemment qu’on accordait une plus grande attention et un plus grand intérêt à la paix, à la non-violence, à la démocratie, à la justice et à la protection de l’environnement. Dernièrement, la réponse des gouvernements et des personnalités à travers le monde en faveur d’une aide sans précédent aux victimes du désastre du tsunami, a été l’occasion de réaffirmer l’existence de véritables relations d’interdépendance dans le monde et de conforter l’idée de la nécessité d’une responsabilité universelle.
Si je m’implique personnellement dans les affaires du Tibet, ce n’est pas pour revendiquer certains droits personnels ou une quelconque position politique me concernant, ni pour tenter de faire valoir des revendications pour l’administration tibétaine en exil. En 1992, dans une déclaration officielle, j’ai déclaré que lorsque nous retournerons au Tibet, une fois acquise l’assurance d’un certain degré de liberté, je ne conserverai aucune fonction au sein du gouvernement tibétain et n’accepterai pas de responsabilité politique. J’ai déclaré également que l'actuelle administration en exil serait dissoute. En outre, les Tibétains qui vivent actuellement au Tibet assumeront seuls la pleine responsabilité d’administrer le Tibet.
Une fois encore, je veux réaffirmer devant les autorités chinoises qu’aussi longtemps que je serai responsable des affaires du Tibet, nous continuerons à nous sentir pleinement engagés par l’Approche de la voie médiane que j’ai proposée, approche qui ne revendique pas l’indépendance pour le Tibet mais confirme notre volonté de demeurer au sein de la République populaire de Chine. Je suis convaincu qu’à la longue une telle approche sera profitable au peuple tibétain en lui permettant d’avancer sur la voie du progrès matériel. Il est encourageant de constater le soutien qu’a rencontré cette approche dans différentes parties du monde du fait qu’elle est justifiée, réaliste et qu’elle représente un avantage à la fois pour les Chinois et pour les Tibétains. Ce qui m’encourage particulièrement, c’est la reconnaissance et le soutien que m’ont manifesté certains groupes d’intellectuels en Chine.
Je suis heureux d’avoir renoué des contacts avec les dirigeants chinois et de voir s’améliorer peu à peu nos échanges, comme l’a montré la troisième série de rencontres en septembre dernier. Maintenant que la direction politique de notre gouvernement élu au suffrage universel a pris plus de responsabilités dans les affaires tibétaines, je lui ai recommandé d’enquêter sur le sujet soulevé par nos partenaires chinois durant notre troisième série de dialogues et de prendre des mesures nécessaires pour répondre à ces besoins. Nous gardons espoir qu’éventuellement nous serons capables de développer la confiance nécessaire pour résoudre à notre mutuel avantage cette question du Tibet qui est latente depuis longtemps. Pour finir, j’aimerai saisir l’occasion qui m’est fournie aujourd’hui d’exprimer la gratitude et la reconnaissance du peuple tibétain au gouvernement indien et son peuple pour la sympathie et le soutien inébranlable qu’ils nous ont manifesté. Personnellement, je me considère comme faisant partie de cette nation, non seulement en raison des liens religieux et culturels qui ont rapproché l'Inde et le Tibet durant des siècles mais aussi pour avoir, comme la plupart des Tibétains en exil, vécu en Inde durant ces quarante cinq dernières années.
Mes prières vont aux hommes et aux femmes courageux du Tibet, qui ont donné leur vie pour la défense de la liberté du Tibet.

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10 mars 2002
10 mars 2002 : Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
10 mars 2002
Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama
pour le 43ème ANNIVERSAIRE
DU SOULÈVEMENT DU PEUPLE TIBETAIN
Il y a quarante-trois ans aujourd'hui, les Tibétains se soulevaient à Lhassa. Nous en célébrons aujourd'hui l'anniversaire et j'en profite pour réaffirmer ma conviction que le présent et l'avenir ont plus d'importance que le passé.
À la suite des événements du 11 septembre dernier, le monde s'est fortement inquiété du problème que pose le terrorisme. Sur le plan international, les gouvernements, dans leur majorité, sont tombés d'accord pour penser que, dans la lutte qui s'engageait, il était impératif que soient joints leurs efforts et une série de mesures ont été adoptées. Malheureusement, celles-ci ont un défaut : elles ne prennent pas en compte les causes qui sont à l'origine du terrorisme. Ce qu'il faut ici, c'est une stratégie à long terme, permettant de développer une culture politique de non-violence et de dialogue, élaborée à l'échelle mondiale. La communauté internationale doit s'engager à apporter un soutien fort et efficace aux mouvements non-violents qui oeuvrent en faveur de changements pacifiques. En effet, ce serait faire preuve d'hypocrisie que de condamner et combattre ceux qui se sont soulevés, poussés par la colère et le désespoir, tout en continuant d'ignorer ceux qui prônent avec constance le dialogue et la modération comme seule alternative constructive à la violence.
Nous devons tirer les leçons de nos expériences. Si nous examinons ce qui s'est produit au siècle passé, on peut voir que, parmi les causes de la souffrance humaine, la plus destructrice est le choix de la violence pour résoudre les différends et les conflits. Le défi qui nous est posé aujourd'hui consiste donc à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce 21e siècle soit un siècle de non-violence où les conflits seront résolus par la voie du dialogue.
Dans toute société humaine, il y a toujours des divergences d'opinions et des conflits d'intérêts. La réalité d'aujourd'hui nous enseigne pourtant que nous sommes tous interdépendants et que, sur cette petite planète, co-exister les uns avec les autres est indispensable. Cela signifie qu'aujourd'hui, qu'il s'agisse d'individus, de communautés ou de nations, la seule voie raisonnable et intelligente pour résoudre nos désaccords et nos contradictions d'intérêts, est celle du dialogue mené dans un esprit de compromis et de réconciliation. Nous devons rechercher, développer et enseigner cet esprit de non-violence et faire tous nos efforts pour que soient investis des moyens aussi importants que ceux destinés à la défense militaire.
Dans le climat actuel de tension politique, les autorités chinoises au Tibet ont continué, l'an passé, à soumettre les Tibétains de l'intérieur à de très graves violations des droits de l'homme, notamment la persécution religieuse. Cela a conduit un nombre de plus en plus élevé de Tibétains à fuir le Tibet au péril de leur vie et à aller trouver refuge ailleurs. L'été dernier, l'expulsion de milliers de moines et de nonnes, Tibétains aussi bien que Chinois, étudiants de l'institut tibétain d'études bouddhistes de Serthar au Tibet oriental, a démontré l'intensité et l'ampleur de la répression menée au Tibet. Ces violations des droits de l'homme sont la preuve flagrante que les Tibétains sont privés du droit d'affirmer et de préserver leur propre identité et leur propre culture.
Je crois que nombre des violations des droits de l'homme au Tibet sont le résultat d'une suspicion, d'un manque de confiance et d'absence de véritable compréhension de la culture et de la religion tibétaines. Comme je l'ai dit à maintes reprises dans le passé, il est extrêmement important que les autorités chinoises parviennent à une compréhension meilleure et plus profonde de la culture et de la civilisation bouddhistes tibétaines, qu'elles en estiment la valeur. Je ne peux que souscrire à la sage déclaration de Deng Xiaoping qui a dit que "la recherche de la vérité doit se faire à partir des faits". En conséquence, nous, les Tibétains devons admettre que la présence chinoise au Tibet a apporté au peuple tibétain du progrès et des améliorations. De leur côté, les autorités chinoises doivent reconnaître la destruction et les épouvantables souffrances que les Tibétains ont eu à supporter au cours des cinquante dernières années. Le dernier Panchen Lama a déclaré, le 24 janvier 1989 à Shigatsé, lors de son ultime allocution publique, que la présence chinoise au Tibet avait apporté plus de destructions que d'avantages au peuple tibétain.
C'est de leur culture bouddhiste tibétaine que les Tibétains tirent les valeurs et les concepts qui inspirent leur vie quotidienne et auxquels ils se réfèrent : la compassion, le pardon, la patience et le respect pour la vie sous toutes ses formes. C'est pourquoi ils sont attachés à les voir préservés. Malheureusement, notre culture bouddhiste et notre style de vie sont menacés d'extinction totale. Les plans de "développement" chinois au Tibet visent, la plupart du temps, à assimiler définitivement le Tibet à la société et à la culture chinoises et à noyer démographiquement le peuple tibétain en transférant massivement des Chinois au Tibet. Ceci est bien la triste preuve que la politique chinoise au Tibet est toujours dominée par les partisans d'une tendance "ultra-gauche" au sein du gouvernement chinois, même si de profonds changements ont été apportés par le gouvernement chinois et le Parti dans d'autres régions de la République Populaire de Chine. Ce n'est pas une politique digne de la fière nation et de la grande culture que représente la Chine. C'est une politique qui ne convient pas non plus à l'esprit du 21e siècle.
De nos jours, le monde tend à plus d'ouverture, plus de liberté, de démocratie et de respect des droits de l'homme. Aussi grande, aussi puissante soit la Chine, il n'en demeure pas moins qu'elle n'est qu'une partie du monde. Tôt ou tard, elle devra s'aligner sur cette tendance mondiale. Dans les mois et les années à venir, le processus de changement entamé en Chine va s'accélérer. En tant que moine bouddhiste, j'aimerais voir la Chine, pays qui réunit près du quart de la population mondiale, entreprendre ces changements de façon pacifique. Dans cette perspective, chaos et instabilité ne peuvent qu'apporter plus de souffrances à des millions d'êtres et que faire verser plus de sang. Une telle situation aurait aussi de dangereuses conséquences pour la paix et la stabilité dans le monde. De plus, en tant qu'homme, je souhaite très ardemment que nos frères et soeurs chinois connaissent la liberté, la démocratie, la prospérité et la paix.
Que les changements apportent à la Chine une nouvelle vie et au Tibet l'espoir d'une vie meilleure, que la Chine apparaisse aux yeux du monde comme un acteur de premier plan, responsable, constructif et pacifique, cela dépend largement de la façon dont elle aura choisi de se définir : soit elle persiste sur la voie actuelle, en continuant de brandir les termes en taille et en nombre, de puissance militaire et de pouvoir économique ; soit elle s'engage sur une voie différente en choisissant de respecter les valeurs humaines et les principes universels et se définit par rapport à eux, comme une grande et forte nation se doit de le faire. Si c'est le second choix qui l'emporte, cela ne manquera pas d'influer largement sur l'attitude et les décisions de la communauté internationale à l'égard de la Chine. J'ai toujours attiré l'attention du monde sur la nécessité d'appeler Pékin à s'intégrer au courant démocratique général et je me suis constamment élevé contre toute idée visant à isoler ou à enfermer la Chine. Toute tentative en ce sens serait une erreur sur le plan moral et irréalisable sur le plan politique. Au contraire, dans mes actions avec le gouvernement chinois, j'ai toujours prôné la responsabilité et le respect des principes.
J'espère sincèrement que les dirigeants chinois trouveront le courage et la sagesse de choisir la négociation pour résoudre le problème du Tibet. Cela créerait un climat politique qui permettrait à la Chine non seulement d'effectuer en douceur sa transition vers une ère nouvelle, mais aussi de donner au monde une image d'elle considérablement grandie. Cela ne manquerait pas non plus d'avoir un impact fort et positif sur la population de Taiwan et, en suscitant une authentique confiance, un réel espoir, cela contribuerait grandement au développement des relations sino-indiennes. Les périodes de changement sont aussi des périodes d'opportunités. Je crois vraiment que viendra pour la Chine le jour du dialogue et de la paix parce que nous n'avons pas d'autre choix, ni elle ni nous. La situation actuelle au Tibet n'est pas faite pour soulager les souffrances du peuple tibétain ni pour apporter stabilité et unité à la République populaire de Chine. Tôt ou tard les autorités de Pékin devront regarder le problème en face. Pour ma part, je continue de croire en la politique du dialogue et je ne suis pas près d'y renoncer. Mes représentants désignés se tiennent prêts à rencontrer les délégués officiels du gouvernement chinois, en tout lieu et à tout moment, dès réception d'un signal positif de la part de Pékin.
Ma position sur le problème du Tibet est claire et sans détour. Je ne cherche pas à obtenir l'indépendance. Ce que je cherche, comme je l'ai maintes fois déclaré, c'est que le peuple tibétain se voie donner un véritable pouvoir de s'autogouverner, le droit de préserver et développer sa civilisation et d'asseoir sa culture, sa religion, sa langue et son mode vie. Pour ce faire, il est essentiel que les Tibétains puissent régler eux-mêmes toutes leurs affaires intérieures et décider librement de leur développement social, économique et culturel.
En exil, nous poursuivons notre action visant à démocratiser la politique tibétaine. L'an dernier, en mars, j'ai fait savoir aux représentants élus de l'Assemblée des Députés du Peuple Tibétain qu'il reviendrait aux Tibétains en exil d'élire le prochain Kalon Tripa (chef du gouvernement tibétain) au suffrage direct et universel. Et, en août dernier, pour la première fois dans leur histoire, les Tibétains en exil ont élu au suffrage direct Samdhong Rinpotché aux fonctions de Kalon Tripa, à la majorité de 84 pour cent. Ce jour-là un grand pas a été franchi par la communauté tibétaine en exil sur la voie du développement, de la maturité et de la démocratie. Je forme l'espoir que, dans l'avenir, le Tibet disposera, lui aussi, d'un gouvernement élu démocratiquement. Je saisis l'occasion pour remercier aujourd'hui tous ceux qui, nombreux, ont manifesté leur soutien fidèle à notre lutte non-violente pour la liberté : membres de gouvernement, parlementaires et représentants d'organisations non-gouvernementales. J'éprouve un grand encouragement à voir des universités, des écoles, des communautés, religieuses ou laïques, des artistes et des hommes d'affaires aussi bien que des personnes venant de tous les horizons, s'efforcer de comprendre le problème du Tibet puis exprimer leur solidarité à notre cause. Je me réjouis également qu'aient pu s'établir des relations cordiales et amicales avec des Chinois, bouddhistes ou non, vivant à l'étranger et, notamment, à Taiwan. La compréhension et le soutien d'un nombre croissant de frères et soeurs chinois avertis revêtent une grande signification et sont une source d'encouragement. C'est ici l'occasion pour moi de rendre hommage également aux nombreux frères et soeurs chinois qui, de l'intérieur, ont déployé tant d'efforts en faveur de la liberté et de la démocratie en Chine et je prie pour eux. Par dessus tout, j'aimerais exprimer, au nom des Tibétains, notre gratitude au peuple et au gouvernement de l'Inde pour leur générosité et leur aide inégalées. Je suis aussi touché par le soutien croissant qu'apporte la communauté internationale à la cause tibétaine et qui prend sa source dans l'empathie propre à la nature humaine, dans la solidarité face à la souffrance d'autrui et dans l'amour de chacun pour la justice et la vérité. J'en appelle aux gouvernements, aux Parlements et à tous nos amis : continuez votre action, poursuivez vos efforts avec dévouement et avec une force toujours renouvelée.
Pour terminer, je rends hommage aux femmes et aux hommes courageux du Tibet, à ceux qui ont donné leur vie, à ceux qui continuent à le faire, pour la défense de notre liberté et je prie pour que cessent rapidement les souffrances de notre peuple.
11:15 Publié dans 02 Ce que représente le 10 mars 1959 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



